Un son mythique, le chant des sirènes mêlé à la lyre; ambiance du Styx.
Les vapeurs verdâtres des nénuphars imbibés dégagent une odeur de jardin inondé et l'opacité de l'eau forme une couche imitant une étendue de pétrole. Ne respirent que d'étranges choses, comme à la fin d'une ère crétacée; ancêtres de libellules, reptiles vegans et poissons nasillant de leurs becs obtus. Un tableau plus qu'estomaquant.
L'haleine vaseuse je me réveille au c½ur de ce théâtre, les jambes racolées par la bourbe rétive. J'observe le monde et recherche longuement un silence inexistant. Tant pis.
Le temps de ma quête irrésolue j'ai le cou ensevelit, les bras avec et bientôt le menton. Il faut m'énucler de là avant que je ne m'oppresse le c½ur.
Bien entendu personne n'est là pour me secourir, où serait la tragédie sinon?
Visite guidée des fonds aquatiques.
Le charivari terrestre devient maintenant sourd, il réside un mutisme parfait ce qui me dispense du suicide expectatif de mes tympans. Je ne ressens plus le besoin de respirer; c'est ma seconde consolation, peut être vais-je envisager de continuer à vivre. Je n'ai pas encore ouvert les yeux, pauvres orbites engluées d'algues visqueuses qui ne me lâcheront pas de si tôt, comme si les ventouses d'une pieuvre géante aspiraient mes pupilles au travers de mes paupières. Une sensation inhabituelle d'inconfort des plus rigides. Pire encore; mes poumons deviennent de trop, et je les ressens comme s'ils étaient un corset trop étroit, broyeur de cage thoracique.
La psychose s'installe gentillement devant moi et me regarde de ses longs cils naïf pour dissimuler sa perversion. <<Diantre>> (comme j'aime si bien le dire) <<plus je la vois plus elle m'attire dans son gouffre assassin>>. Je pense, et plus je pense plus mon cerveau se noie. Je dois crier ma douleur, ma folie, c'est l'ultime solution pour aller mieux. J'ouvre grandement la bouche mais aucun son, toujours ce silence que je ne puis moi même bouleverser. L'eau entre sans gêne et coule dans mes tuyaux oesophagiques telle la cascade d'une rivière au circuit fermé. J'avale le marécage entier et me retrouve assise sur une terre asséchée où gigotent des presque-cadavres d'ichtyosaures. Amas de mouches répugnantes jaillissant de toutes parts, j'aurais préféré en rester à la noyade stomacale. Mes sens sont réapparus, mais sont contraignants.
Je vois des choses horriblement étonnantes, je respire des odeurs immorales, je touche la poisse visqueuse d'un endroit méconnu, je goûte involontairement au sel collé sur mes doigts, au sel d'un cloaque ressemblant aux égoûts de la capitale et enfin j'entends. Mon ouïe est revenue victorieuse, moi qui pensais avoir perdu cette faculté necessaire, mais ce que j'entends n'est ni magnificence, ni apparat, ni ostentation de la nature. Le glapissement d'un train à vapeur brûle l'atmosphere déjà inexistante et envahie jusqu'à l'univers de part son ronron incisif, de part son barouf suraigu. La locomotive tourne en rond, le wagon de devant attaché à la traine du train, et je découvre sans grand ébahissement que je suis au centre de cette ronde ininterrompue, obstruée, condamnée à rester là dans un cosmos onirique. Cette cacophonie n'est autre que le bruit de mon réveil, et le séant posé sur le matelas biscornu de ma chambre, j'aspire à me réendormir.
